Muraille (nom féminin, subst. féminin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom féminin 

XIII e siècle. Dérivé de mur .
1. Étendue, ensemble de murs épais et d'une certaine élévation. Une de brique. Étayer, abattre une . Plus particulièrement, se dit, surtout au pluriel, des murs qui entourent une ville, une forteresse, forment une enceinte. Ils furent assiégés dans leurs s. Défendre les s. Escalader, forcer, saper une . Ce fleuve coule sous nos s. Les s de Jéricho , qui, selon l'Écriture sainte, s'effondrèrent au son des trompettes de Josué. Spécialt. La grande de Chine ou, simplement, la Grande Muraille , système de fortification construit au fil des siècles pour protéger la Chine des incursions venues de l'Asie centrale, et dont les différentes parties, réunies à partir du III e siècle avant Jésus-Christ, s'étendent sur des milliers de kilomètres.
2. Par ext. S'emploie souvent comme synonyme de Mur. S'appuyer, se ranger contre la . Loc. Couleur de , d'une teinte neutre, terne, qui permet de passer inaperçu. Un habit, un manteau couleur de . Titre célèbre : Le Passe-Muraille , de Marcel Aymé (1943). Par anal. Une de glace , une paroi haute et très abrupte.
3. . Partie verticale du flanc d'un navire qui s'élève de la ligne de flottaison jusqu'au plat-bord.
4. Épaisse couche cornée qui forme l'extérieur du sabot du cheval (on dit aussi Paroi ).


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Étendue, ensemble de murs épais et d'une certaine élévation. "Une couverte d'affiches. Étayer une . Abattre une . Rossignol de ."
Il se dit particulièrement, surtout au pluriel, des Murs qui entourent une ville, une forteresse. "Défendre, forcer les s. Saper une . Escalader les s."
"La grande de Chine," ou simplement "La grande ," Sorte de , ou plutôt de chemin de ronde, d'une immense étendue, construit au nord de la Chine pour arrêter les invasions.
"Cette pousse," Elle bombe et menace ruine. On dit dans le même sens "La poussée d'une ."
Il est aussi employé comme Synonyme de mur. "S'appuyer contre la ."
Fam., "Un habit, un manteau couleur de ," Un habit, un manteau d'une couleur qui se confond avec celle de la .
En termes de Marine, "Muraille" se disait de l'Épaisseur des bords d'un navire, de son enveloppe.
MURAILLES, au pluriel, se dit quelquefois, dans le style soutenu, pour Ville. "Ce fleuve coule autour de nos s, sous nos s. Dès qu'ils se virent assiégés dans leurs s, ils perdirent tout espoir."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Ensemble de murs épais et d'une certaine élévation. Saper une . Escalader la .
BOSSUET: « Le comble s'est abattu sur les s, et les s sur le fondement »
BOSSUET: « Représentez-vous un homme né dans les richesses, mais qu'il a dissipées par ses profusions ; il ne peut souffrir la pauvreté, ces s nues, cette table dégarnie »
    Se ranger contre la , se dit, dans une ville, d'une personne qui se serre contre les murs des maisons pour éviter les voitures.
    Fig.
SÉV.: « Toute mon attention est de me ranger promptement contre la pour laisser passer quelques lettres de change à Beaulieu, qui aura soin de contenter les plus altérés »

 2   Particulièrement, il se dit des murs qui entourent une ville, une forteresse, etc.
BOSSUET: « Tu céderas ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger.... tu te verras attaqué dans tes s, comme un oiseau ravissant qu'on irait chercher parmi les rochers »
FLÉCH.: « Cet époux, dans une ardeur de gloire qui transporte les jeunes courages, trouve bientôt une honorable mais triste mort sous les s d'une ville rebelle »
VOLT.: « J'attends tout de nous seuls, et rien de nos s »
SÉGUR: « Des milliers d'hommes, la plupart sans armes, ont couvert les deux rives escarpées du Borysthène ; ils se sont pressés en masse contre les hautes s et les portes de la ville [Smolensk] »
    Fig.
SACI: « Ils nous servaient comme de tant de nuit que de jour, pendant le temps que nous avons demeuré au milieu d'eux »

 3   Il se prend dans le style soutenu pour la ville même.
CORN.: « Du gain de six batailles, Des glorieux assauts de plus de cent s »
RAC.: « Vous portâtes la mort jusque sur leurs s [des Juifs] »

 4   Un mur, en particulier. Il fut écrasé par la chute d'une .
BALZ.: « Ils [des gens opiniâtres] sont faits tout d'une pièce ; et, s'il est question de passer par quelque ouverture difficile, au lieu qu'ils doivent baisser la tête, il leur faudrait hausser la »
    Cette pousse, elle tombe et menace ruine.
    Familièrement. Enfermer quelqu'un entre quatre s, le mettre en prison.
VOLT.: « L'abbé de Prades doit être condamné en parlement comme en Sorbonne, et passer sa vie entre quatre s »
    Entre quatre s, dans un logement dénué de tout.
MARIVAUX: « Épousez des femmes de chambre et vous aurez des rouleaux d'argent ; prenez une honnête fille, et vous voilà niché entre quatre s »
    Entre quatre s, se dit aussi de la clôture d'un couvent.
NICOLE: « Nous étonnerons-nous que ceux à qui Dieu a voulu faire voir en cette vie quelque petite partie de ce spectacle [les joies célestes], se soient portés à des résolutions extraordinaires, jusqu'à s'enfermer tout le reste de leur vie entre quatre s ? »
    Il n'y a que les quatre s, se dit d'une maison, d'un appartement où il n'y a point de meubles.
LESAGE: « Il ne restait que les quatre s »
    Fig. Être comme une devant l'ennemi, se dit d'une troupe en bataille que l'ennemi ne peut faire reculer.
    Se casser la tête contre la , se tuer de désespoir en se heurtant la tête contre un mur.
SÉV.: « Ce pauvre Lauzun.... ne croyez-vous pas bien qu'il se cassera la tête contre la ? »
    Fig. Se casser la tête contre la , se donner une peine inutile.
    Couleur de , se dit d'une couleur qui se confond avec celle des s.
REGNARD: « Tu prendras ce manteau fait pour bonne fortune, De couleur de »
    À moi la ! cri des ivrognes qui perdent l'équilibre.

 5   Muraille se dit de très longs murs que certains peuples ont fait pour empêcher des incursions.
VOLT.: « Les Vénitiens avaient cru mettre en sûreté ce territoire [le Péloponnèse] et défendre la Grèce par une de huit milles de long, selon cet ancien usage que les Romains eux-mêmes avaient pratiqué au nord de l'Angleterre »
    Muraille de la Chine, ou, absolument, grande , construite pour arrêter les incursions des Tartares.
VOLT.: « La grande fut admirable et inutile ; le courage et la discipline militaire eussent été des remparts plus assurés »
RAYNAL: « C'est pour arrêter les irruptions que ces brigands faisaient à la Chine, que fut élevée, environ trois siècles avant l'ère chrétienne, cette fameuse qui s'étend depuis le fleuve Jaune jusqu'à la mer de Kamschatka »

 6   Terme de manége. Les murs du manége, dits aussi les dehors.
    Passager la tête à la , mener son cheval de côté, la tête vis-à-vis et près de la .

 7   Terme d'escrime. Tirer à la , synonyme de tirer au mur.
J. J. ROUSS.: « Après trois mois de leçons [d'armes], je tirais encore à la »

 8   Terme de marine. Enveloppe intérieure du navire.

 9   Se dit quelquefois du sol d'une mine.

 10   Terme de vétérinaire. L'épaisse couche cornée qui enveloppe le pied du cheval.

PROVERBES
    Les s ont des oreilles, voy. MUR.
    La blanche est le papier des fous ; locution qui vient du penchant qu'ont certaines gens à écrire sur les s.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
BENOIT: « Dunt li murail erent [étaient] versé »
    XIVème siècle
BERCHEURE: « Trestourner les ennemis des mesons de la cité et des temples et des murailz de Rome »
    XVIème siècle
RAB.: « Panurge consideroit les s de la ville de Paris »
COTGRAVE: « Ce mot te soit comme une d'airain »

ÉTYMOLOGIE
    Dérivé de mur ; provenç. muralh, s. m. et muralha, s. f. ; esp. muralla ; ital. muraglia.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE MURAILLE. - HIST.
    XIVème siècle Ajoutez :
VARIN: « Les diz eschevins requerans ladicte et closure faite en leur prejudice estre mise au neant (1346) »


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Mur. Il se dit surtout Des murs épais et d'une certaine élévation. "Bonne, haute . Muraille fort épaisse. Muraille de pierre, de brique. Muraille sèche, à pierre sèche. Couvrir la d'une tapisserie. Écrire sur la d'une prison. Un pan de . Le long de la . Une couverte d'affiches. Étayer une . Abattre une . Il fut écrasé par la chute d'une . Il passa par-dessus la . Le temple saccagé n'offrait plus que des s."
Il se dit particulièrement Des constructions de ce genre qui servent de clôture, de défense, de rempart à une ville, à un château, ou même à un pays. "Les s d'une ville, d'une forteresse. Une flanquée de grosses tours. Le canon avait mis par terre trente toises de . Défendre, forcer la . Le mineur était au pied de la . Saper une . Escalader les s. La grande de la Chine."
"Cette pousse," Elle bombe et menace ruine.
En termes d'Escrime, "Tirer à la ," Pousser de tierce et de quarte à quelqu'un qui ne fait que parer.
Fam., "Enfermer quelqu'un entre quatre s," Le mettre en prison.
"Il n'y a que les quatre s," se dit D'une maison, d'un appartement, où il n'y a point de meubles.
Fig., "Être comme une devant l'ennemi", se dit D'une troupe en bataille que l'ennemi ne peut ni entamer, ni faire reculer.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)



fémin. Mur. "Bonne . Haute . Muraille fort épaisse. Muraille de pierre, de brique. Muraille de terre de Pisay. Muraille sèche, à pierre sèche. Cette pousse," pour dire, qu'Elle menace ruine. "Un pan de . Les s d'une Ville. Fermer un jardin de s. Abattre des s. Le canon avoit mis par terre trente toises de . Défendre la . Forcer la . Le mineur étoit au pied de la . Saper une . Etayer une . Il fut écrasé par la chute, par la ruine d'une muraille. Il sauta pardessus la . Escalader une ".
On dit en termes d'Escrime, "Tirer à la ," pour dire, Pousser de tierce et de quarte à quelqu'un qui ne fait que parer.
On dit d'Une maison où il n'y a point de meubles, qu'"Il n'y a que les quatre murailles". Et l'on dit, "Enfermer quelqu'un entre quatre s," pour dire, Le mettre en prison. "L'Église ne condamne jamais les Clercs à mort, mais à être enfermés entre quatre s".
On dit proverbialement et figurément, que "Les s ont des oreilles," pour dire, que Quand on veut s'entretenir de quelque chose de secret, il faut parler avec beaucoup de circonspection, de peur d'être écouté.
On appelle "Muraille," dans les mines de charbon de terre, La partie de la roche sur laquelle la couche du charbon est appuyée; elle s'appelle aussi "Le sol de la mine".



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Subst. féminin 


Mur. "Bonne . Haute . Muraille fort épaisse. Muraille de pierre, de brique. Muraille sèche, à pierre sèche. Cette pousse," pour dire, qu'Elle menace ruine. "Un pan de . Les s d'une ville. Fermer un jardin de s. Abattre des s. Le canon avoit mis par terre trente toises de . Défendre la . Forcer la . Le mineur étoit au pied de la . Saper une . Étayer une . Il fut écrasé par la chute, par la ruine d'une . Il sauta par-dessus la . Escalader une ."
On dit d'Une maison où il n'y a point de meubles, qu'"Il n'y a que les quatre s." Et l'on dit, "Enfermer quelqu'un entre quatre s," pour dire, Le mettre en prison. "L'Église ne condamne jamais les Clercs à mort, mais à être enfermés entre quatre s."
On dit proverbialement & figurément, que "Les s ont des oreilles," pour dire, que Quand on veut s'entretenir de quelque chose de secret, il faut parler avec beaucoup de circonspection, de peur être écouté.



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



On nomme ainsi dans les mines de charbon de terre, la partie de la roche sur laquelle la couche du charbon est appuyée. Elle s'appelle aussi "Le sol de la mine."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. féminin 


"Bonne . haute . fort espaisse. de pierre, de brique. seche, à pierre seche. cette pousse. un pan de . les s d'une ville. fermer de s. abbattre des muralles. le canon avoit mis par terre trente brasses de s. deffendre la . forcer la . le Mineur estoit au pied de la muraille. saper une . estayer une . il fut ecrasé par la cheute, par la ruine d'une . il sauta par dessus la . escalader une ".
On dit, d'Une maison où il n'y a point de meubles, qu'"Il n'y a que les quatre s. l'Eglise ne condamne jamais les Clercs à mort, mais à estre enfermez entre quatre s".
On dit prov. & fig. que "Les s ont des oreilles," pour dire, que Quand on a à s'entretenir de quelque chose de secret, il faut parler avec beaucoup de circonspection de peur d'estre escouté.




Emplacement dans le dictionnaire :

munir
munition
munitionnaire
muphti
muqueuse
muqueux
mûr
mur
murâille

mûral
mural
murale
muralistes
mure
mûre
muré
mûrement
murène
murene
murer




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...de fleurs et de feuillage. Jeunes femmes, frappez le sol d'un pas égal en célébrant ma mort comme un heureux présage. Je triomphe de Troie et fais tomber à bas sa forte citadelle et sa muraille antique, et pour fixer enfin la chance des combats, j'efface de mon sang l'oracle prophétique. Ô retraites d'Aulis, ô bords, golfe profond, je vous devrai la gloire. Argos, ô ma patrie, pour un...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...et de roseaux ; -Téhamana, couronnée de fleurs de datura ; Téria, Raouréa, Tapou, Eréré, Taïréa, - Tiahoui et Rarahu. La partie du salon qui me faisait face était entièrement ouverte ; la muraille absente, remplacée par une colonnade de bois des îles, à travers laquelle la campagne tahitienne apparaissait par une nuit étoilée. Au pied de ces colonnes, sur ce fond obscur et lointain, se...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...me conduisit à la porte d'une case en bourao, enfouie sous des arbres à pain, des manguiers et des tamaris. Tout le monde semblait profondément endormi à l'intérieur, et, à travers les claies de la muraille, elle appela doucement pour se faire ouvrir. Une lampe s'alluma, et un vieillard au torse nu apparut sur la porte en nous faisant signe d'entrer. La case était grande ; c'était une sorte de dortoir...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...dans son district d'Apiré... et tout le jour je restai là étendu, à ce bruit monotone d'un navire qui roule et qui marche, à ce bruit triste des lames qui venaient l'une après l'autre battre la muraille sourde du Rendeer... tout le jour, plongé dans cette sorte de méditation triste, qui n'est ni la veille ni le sommeil, et où venaient se confondre des tableaux d'Océanie, et des souvenirs...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...de Rameau, le vieux son grêle du piano dominé par le bruit du grand orage ; et ils ramenaient aussi une apparition qui m'était venue ce soir-là (aidée par une gravure de Teniers accrochée à la muraille), une apparition de petits personnages du siècle passé dansant à l'ombre, dans des bois comme ceux de la Limoise ils renouvelaient toute une évocation, qui s'était faite en moi, de gaietés...


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